EdM réagitsuite au reportage d'envoyé spécial sur le microcrédit du 14 mai 2009
Dans le cadre d’Envoyé Spécial, France 2 a diffusé, jeudi dernier, un reportage très intéressant sur le microcrédit, qui risque de faire couler beaucoup d’encre. Ce reportage a dénoncé, en effet, une dérive de certains organismes de microcrédit, plus fréquemment appelés Institutions de Microfinance (IMF), en Inde et au Bangladesh, qui pratiquent des taux d’intérêts qualifiés d’excessifs et génèreraient un surendettement préoccupant des emprunteurs. Ce message a pour objet de vous donner notre point de vue sur cette question, vous qui nous soutenez et/ou nous suivez dans nos activités, et de vous rassurer sur notre vigilance la plus totale face à ce risque de dérive. Oui, une dérive existe… Les situations de surendettement sont une conséquence logique de l’évolution de la microfinance ces dernières années : l’offre en microcrédit se développe de façon forte et souvent non contrôlée. Les capitaux sont apportés par des investisseurs, des banques et des bailleurs de fonds, locaux ou internationaux, qui concourent pour la plupart à cette tendance en choisissant de ne prêter qu’à des IMF ayant déjà atteint la viabilité financière. Or, pour atteindre cette viabilité, il est plus facile et bien plus rentable d’octroyer 50 prêts de 1 000 € plutôt que 1 000 prêts de 50 €, de demander à un agent de crédit de suivre 600 emprunteurs sans les former plutôt que 200 en les formant, de ne pas avoir de scrupules à inciter les familles à emprunter même si elles n’en ont pas toujours besoin, de fermer les yeux sur les aut! res prêts que ces familles pourraient avoir… Bref, de faire du quantitatif à tout prix ! La mission sociale de départ est alors piétinée dans cette course à la viabilité, et la démarche de l’IMF dérive de plus en plus souvent vers une approche purement commerciale. Oui, la tendance, depuis plusieurs années, est de mettre la priorité sur la viabilité des IMF plutôt que sur celle des emprunteurs ! Pour Entrepreneurs du Monde (EdM), depuis le début, le micro-crédit est au cœur d’un accompagnement global qui améliore réellement la viabilité des familles EdM utilise plusieurs outils pour renforcer globalement le micro-entrepreneur et sa famille : tous les micro-entrepreneurs accèdent non seulement à plusieurs petits micro-prêts productifs successifs (50€ en moyenne, pour un 1er prêt), mais aussi à un service d’épargne adapté pour des petits dépôts, à des formations en gestion de base et commercialisation et sur des thématiques plus sociales (gestion du budget familial, éducation, prévention-santé, prise de confiance en soi), et à l’apprentissage, pour ceux qui le souhaitent, d’un savoir-faire technique. Dans certains pays, nous proposons aussi une micro-assurance-santé. L’accompagnement est bâti au cas par cas, par un agent-conseil qui connaît très bien le quartier et ses habitants et accompagne en moyenne 200 familles. L’agent se rend chez le micro-entrepreneur et sur son lieu de travail, analyse sa situation globale et celle de sa famille, propose un prêt adapté au développement de son activité, avec un rythme et des montants de remboursement qui ne vont pas l’asphyxier. Il détermine avec lui le montant de l’épargne et le calendrier des formations, puis le rencontre régulièrement et mesure, sur la base d’un questionnaire annuel, l’évolution du niveau socio-économique de la famille, au fil de son accompagnement.
EdM appuie aussi ceux dont la situation est tellement précaire que les autres organismes n’osent pas les aider. Si l’agent identifie une famille dont les difficultés peuvent paraître insurmontables, il peut le référer à l’agent social, qui va, selon les programmes, lui proposer un « prêt coup de pouce », au montant encore plus petit (15 € à 30 €) et à taux zéro, l’aider à se diriger vers des organismes sociaux compétents ou tout simplement la conseiller et la suivre dans la durée…
EdM prend le temps d’aider les familles à atteindre la viabilité puis à consolider leurs acquis socio-économiques. D’une part, nous donnons du temps aux micro-entrepreneurs : nous leur accordons plusieurs micro-prêts, successivement, modestement, pour favoriser le développement d’un petit commerce ou d’un atelier à un rythme raisonnable et sain. Nous ne cherchons pas à grossir à tout prix le volume des prêts et le nombre des micro-entrepreneurs appuyés, mais bien à les accompagner qualitativement et le plus loin possible, aussi longtemps que nécessaire. D’autre part, pour permettre ceci, nous donnons aussi du temps aux structures locales à travers lesquelles nous soutenons ces micro-entrepreneurs. Tout en les aidant dans la définition de leurs objectifs, dans leur organisation, leurs outils de gestion et procédures de contrôle, nous nous battons sur tous les fronts pour leur trouver les financements qui leur donneront le temps d‘atteindre leur propre viabilité. C’est bien pour cela que nous vous sollicitons régulièrement, vous qui partagez notre vision ! EdM sait aussi favoriser l’insertion socio-économique par d’autres biais que le microcrédit. En effet, à ceux pour qui celui-ci n’est pas le meilleur chemin vers l’insertion socio-économique, nous proposons d’autres outils : remise à niveau, aide à la recherche d’emploi formel, appui à la création d’une coopérative, reprise de confiance en soi… Ainsi, deux centres d’appui à l’insertion socio-économique ont été ouverts à Manille, pour tous les habitants des quartiers environnants. EdM n’oublie pas non plus les populations éloignées des villes. Depuis 2 ans, nous développons des activités dans des zones rurales où l’offre de microcrédit est pratiquement inexistante. C’est le cas dans la province de Dien Bien, l’une des plus pauvres du Vietnam, au Burkina Faso, dans des zones très reculées ou encore au Bénin. Nous contribuons ainsi, très modestement bien-sûr, au ralentissement de l’exode rural dans ces régions. Enfin, EdM utilise la microfinance de façon à promouvoir le développement de filières pour des produits dont l’impact social est essentiel : la spiruline, nutriment aux vertus très importantes, au Burkina Faso et en Haïti, les réchauds à bois économes et à gaz ou les habitats de terre au Burkina Faso et demain, les pico-turbines au Vietnam ou les produits laitiers aux Philippines et en Mongolie … Certes, nos taux d’intérêt, comme ceux pratiqués généralement dans la microfinance, sont plus élevés que les taux d’emprunts bancaires locaux... En conclusion, il n’existe pas une microfinance universelle, saine ou malsaine… La microfinance a plusieurs visages. Le reportage de jeudi dernier en montrait le plus mauvais, mais, et nous le voyons tous les jours depuis 11 ans, la microfinance est réellement un outil important qui, inscrit dans un dispositif complet et bien exploité, permet à une majorité de familles de faire un grand pas vers moins de pauvreté. Notre responsabilité en tant qu’acteur est fondamentale. Il y a encore aujourd’hui de nombreux besoins non couverts et la microfinance peut énormément apporter, à condition de remettre en son cœur et avant toute autre chose le souci de la viabilité des familles. Merci encore de votre confiance. Nous nous tenons bien-sûr à votre disposition pour répondre à vos questions. Bien cordialement, |
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