Paru dans le numéro de Janvier d'Interdépendances, un article écrit par Raphaëlle Birot, Ingénieur Agronome qui a fait partie de l'équipe de lancement du projet de vente de spiruline en zone rurale dans la région de Koudougou. En 2009, 25 vendeuses, bénéficiaires de l'IMF AsiEnA ont distribué plus de 120kg de spiruline dans les villages autour de Koudougou, tous les espoirs sont permis pour qu'en 2010 encore plus d'enfants et d'adultes malnutris bénéficient ainsi de la spiruline... TresorVert.pdf
Cela va bientôt faire un an que le projet spiruline a été mis en place dans la région de Koudougou avec notre IMF partenaire AsIEnA. L’heure est donc venue de faire un premier bilanet c’est l’occasion de s’entretenir avec les Nakoglbzanga* et de connaître leurs sentiments sur le projet et leurs motivations.
Je voulais vous faire partager les échanges que j’ai eu avec Georgette Kanssono, . Nakoglbzanga au village de Goundi, près de Koudougou.
Le plus frappant est la fierté de Georgette Kanssono. Lorsque nous lui parlons de la spiruline, elle esquisse un sourire, rapidement elle se livre et nous explique les bienfaits que lui a apporté la poudre verte. Elle commence en abordant le thème de la santé, car depuis que Georgette consomme elle-même la spiruline, elle a retrouvé l’appétit, mais aussi le sommeil et elle a fait de son propre cas son argument de vente numéro 1.
Elle nous explique également que la reconnaissance de ses proches est très importante, tout le monde sait qu’elle vend la spiruline au village. Cette fierté d’être Nakoglbzanga, nous pouvons l’entendre dans son récit, mais elle est également observable dans son attitude. Quand elle arbore son badge de Nakoglbzanga, consciente de la responsabilité qui repose sur ses épaules, elle arpente le marché en criant avec conviction « spiruline, spiruline » pour vendre le sachets de 25g de spiruline. Aujourd’hui, elle cumule le poste de Nakoglbzangaavec celui de Maman Santé, c'est-à-dire qu’elle s’occupe des ventes qui ont lieu au sein de la MUSO** et suit les familles qui achètent la spiruline.
Il n’est plus rare que les villageois viennent frapper à sa porte pour lui demander des conseils aussi bien sur la santé que sur la nutrition. La passion avec laquelle Georgette parle de la spiruline fait d’elle, sans aucun doute une excellente ambassadrice de ce complément alimentaire. Mais elle reste réaliste : oui, la spiruline permet de rester en bonne santé et est bonne pour tous, enfants, adultes, personnes agées, mais ce n’est pas un médicament, il faut donc continuer à se soigner, si l’on est malade. Et pour bénéficier des bienfaits de la spiruline, il faut la consommer régulièrement.
Aujourd’hui au Burkina Faso, en période de soudure, où les greniers sont vides et les champs pas encore prêts à être récoltés, la spiruline n’est plus une priorité pour un grand nombre de familles en brousse. Au prix de 500 FCFA le sachet, de nombreux clients habituellement fidèles ne peuvent se fournir et attendent l’arrivée des prochaines récoltes et des rentrées d’argent pour pouvoir reprendre leur traitement. Georgette se désole de cette situation non pas parce que ses bénéfices diminuent au cours de l’hivernage, mais réellement car elle se soucie de la santé de ses voisins.
Actuellement les Nakoglbzanga ont donc bien du mal à remplir leur mission, car les clients n’ont plus d’argent, et le prix de revient de la spiruline ne permet pas encore de baisser les prix. Mai la priorité pour Georgette et les autres Nakoglbzanga du projet reste bien d’informer sur les bienfaits de la spiruline et de la rendre accessible aux personnes vivant en brousse. AsIEnA et EdM travaillent quant à eux avec les fermes productrices pour voir comment diminuer le prix de revient et le prix de vente, tout en visant la pérennité du projet et sans impacter sur la viabilité des fermes… un difficile équilibre…
* vendeurs-conseillers de spiruline, membres des MUSO d’AsIEnA. Le nom signifie ‘celui qui s’occupe du bien-être de tous’ en lange locale moré.
** MUSO, Mutuelle Solidarité, groupement d’hommes et de femmes qui adhèrent à l’IMF AsIEnA
Les 13 et 14 mars derniers, les équipes d’EdM-BF et d‘Asiena* ont passé deux jours ensemble à Boromo, une ville située au cœur du Burkina Faso, à mi-chemin entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso. Elles étaient accueillies par une 3ème structure partenaire : l’Association Voûte Nubienne** (AVN). L’équipe d’EdM-BF était, hormis le responsable comptable, retenu à Ouagadougou, au complet et Asiena avait convié ses 12 animateurs accompagnés chacun d’un micro entrepreneur membre des MUSO*.
Ce sont donc 35 personnes au total qui étaient logées à l’hôtel des Voûtes Nubiennes de Boromo pour deux jours de découverte de la technique et des synergies possibles avec les projets d’entreprenariat social d’EdM et Asiena.
AVN nous a tout d’abord fait une présentation en images, à l’aide d’une gigantesque et très belle bâche murale garnie de photos en couleur de voûtes nubiennes déjà réalisées en Afrique de l’Ouest : il y en a de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de toutes les formes et pour tous les budgets ! Des coordinateurs et un chef maçon de l’association nous ont exposé les grands principes. La voûte nubienne est, en matériaux locaux sans bois, ni tôle, mais en briques de terre uniquement et construite par des maçons locaux formés par l’association et présents dans tout le pays. Cette construction est durable, elle résiste aux intempéries et avec un minimum d’entretien durera plusieurs générations. Elle est enfin économique, et moins chère à la construction qu’une maison en parpaings, elle fait surtout réaliser une économie sur le long terme à son propriétaire. L’auditoire était très impressionné par cette prouesse architecturale qu’on a peine à imaginer sans le voir de ses propres yeux. Et tous furent très sensibles à la question économique : la possibilité qu’offre AVN aux populations de contribuer en nature à la construction et, par là, de réduire d’autant le coût en numéraire du bâti est un argument vraiment important.
Nous avons ensuite pu visiter les voûtes nubiennes de Boromo et des environs : l’hôtel, les bureaux de l’association, une église et une salle d’alphabétisation. Ces visites sur le terrain furent l’occasion d’exclamations sur la qualité et l’esthétique de ces réalisations. Elles furent également prétexte à de nombreuses autres questions sur la modularité des voûtes et la possibilité de construire à étage sans couler de dalle, la plupart des personnes présentes en étant déjà à imaginer concrètement la construction d’une voûte nubienne dans leur village…
A la fin du WE, les équipes se sont réunies avant un dernier déjeuner de riz sauce arachide pour faire le bilan... Les animateurs pensent que leur seule parole ne suffira pas à convaincre, donc l’équipe d’AVN sera certainement amenée à se déplacer avec sa bâche murale pour sensibiliser directement les populations, les MUSO pourront aussi visiter des voûtes nubiennes construites dans leur région. Les femmes, principales partenaires d’Asiena évoquent le problème des hommes, qu’il faudra à la fois motiver pour la construction, mais aussi sensibiliser car ils sont en majorité propriétaires des terrains. Mais bâtiments communautaires ou maisons individuelles, plusieurs personnes envisagent déjà des chantiers, et tous étaient après ces visites plutôt envoûtés! Et l’on ne pouvait pas rêver meilleure conclusion pour ce WE que la confirmation que la Fondation Les Amis du Sénégal avait accordé une subvention à Asiena pour la construction de 4 bâtiments en Voûte Nubienne à Dédougou et Diébougou. 2 salles d’alphabétisation et 2 bureaux-guichets permettront de consolider et développer les activités d’Asiena dans ces zones ! Les chantiers doivent commencer très vite pour espérer tirer les voûtes avant le début de la saison des pluies…
Emilie Frapsauce
* Asiena, IMF partenaire d’EdM-BF - Association Inter-Instituts « Ensemble et Avec » créée en 2002, intervient au Burkina Faso et au Niger avec une double mission de solidarité et d’auto prise en charge, soutenue par trois initiatives concrètes : la création de mutuelles de santé (MUSO), de caisses d’épargne et de crédit et la mise en place de formations à l’économique.
** AVN promeut la voûte nubienne : une technique africaine de construction de toits en terre. Au Sahel, c’est la seule alternative à l’utilisation de bois rare et de tôles inadaptées - chaudes et chères - qui obligent les populations à une architecture les enfermant dans un cercle vicieux de pauvreté. En vulgarisant cette technique à grande échelle, le programme ‘Pour des Toits de Terre au Sahel’ permet aux populations d’Afrique subsaharienne d’améliorer durablement leur qualité de vie
La spiruline, des rayons des pharmacies aux ventes ambulantes villageoises.
La spiruline, algue microscopique aux vertus nutritionnelles exceptionnelles, fait depuis peu son entrée dans les villages autour de Koudougou au Burkina Faso. Il faut voir les grands-mères sauter sur leurs deux pieds pour nous prouver que oui, la spiruline c’est la santé, surtout lorsque le corps trop dénutri rend tout travail difficile et empêche de trouver le repos la nuit.
L’expérience n’en est qu’à son début ; deux mois seulement que la petite poudre verte a quitté les rayons des pharmacies pour être vendue lors des réunions mensuelles des Mutuelles de Solidarité d’ASIENA (IMF burkinabé partenaire d’EDM). Mais déjà se sont 480 personnes qui ont été sensibilisées à l’existence et aux bienfaits de ce concentré de vitamines et de minéraux; 68 % des personnes ayant assisté à la formation ont donc acheté de la spiruline pour une quantité moyenne d’un sachet et demi par personne. Certaine personne ont été jusqu’à acheter 4 à 5 sachets. En majorité, les gens ont acheté pour eux-mêmes pour cause de fatigue ou de maladie ou pour renforcer leur santé. Certains ont aussi acheté pour leur enfant malnutri.
La deuxième étape fût la journée de formation du 6 novembre à 14 personnes, une par MUSO. 14 « papa ou maman Nakoglbzanga », Nakoglbzanga en langue locale étant celui qui « veille sur notre santé à tous ». Ils sont vendeurs de dolo ou de condiments, éleveurs ou cultivateurs et ont accepté de suivre une journée de formation à la vente et à la promotion de la spiruline. A la fin de la formation tous ont choisi de prendre le microcrédit de 7500 Fcfa (11 euros) par EDM pour l’achat d’un stock de 20 sachets de 25g. Quatre jours plus tard, quatre d’entre eux avaient déjà vendu tout leur stock. Nous attendons des nouvelles des autres…et nous serons là pour les accompagner que ce soit pour les aider à résoudre les difficultés qu’ils rencontreront ou pour gérer le bénéfice grâce à un service d’épargne.
Une deuxième session de formation est prévue d’ici la fin du mois de décembre afin de s’assurer de la bonne maitrise des techniques de vente et de promotion et pour donner à nos Nakoglbzanga quelques bases de nutrition. Car vendre n’est pas tout, le Nakoglbzanga apprend aussi à regarder d’un œil critique les habitudes alimentaires de la communauté où il vit en vue de lutter contre la malnutrition car on le sait « le moral est au fond de la gamelle » !
Me voici au Burkina depuis une petite dizaine de jours mais j’ai l’impression d’y avoir déjà passé bien plus de temps! C’est que notre “West African Coordinator” ne chôme pas et que la spiruline burkinabé a déjà bien trop attendu dans les stocks des fermes du pays.
Je suis donc ici pour 4 mois dans le but d’étudier la possibilité et les manières d’augmenter la consommation et la vente de spiruline avec un produit de microfinance adapté. Cette algue microscopique est déjà produite dans une petite dizaine de fermes au Burkina. La plus petite produit sur 10 m² ; la plus grande, à Koudougou, se veut « projet vitrine » de la spiruline en Afrique de l’Ouest. Financée par le gouvernement, elle regroupe 3600 m² de bassin mais un petit tiers seulement est actuellement utilisé car les consommateurs ne sont pas au rendez-vous.
Cette algue présente pourtant des qualités qui devraient attirer plus d’un burkinabé ! Vitamines, minéraux, acides gras et acides aminés essentiels, pigments…en font un complément alimentaire idéal pour aider les enfants dénutris à retrouver un certain équilibre alimentaire. Elle permet aussi de renforcer le système immunitaire et présente des effets positifs sur la santé générale des personnes atteintes du sida ; hypertension, diabète, problème de vue, concentration, développement moteur et cérébral voire même les problèmes d’impuissance…sont autant de points sur lesquels la spiruline agit positivement. Mais sa couleur, son odeur, son goût, sa nature même d’algue la rendent difficile à consommer.
Alors voilà, avec Laetitia, Marguerite sur notre petite P50* nous voici en route pour faire de la spiruline le sel de la vie des burkinabé…ou presque ! Les idées sont déjà nombreuses ; miel, boule de coco, gâteaux d’arachides, boissons que l’on pourrait enrichir ; pièces de théâtre, pagnes, affiches pour qu’on en parle jusque dans les maquis de brousse ; microcrédit à la vente, microcrédit à la transformation…on vous tiendra au courant et on attend vos idées !