Center for Financial Inclusion Blog – Encourager la finance responsable au Myanmar

Center for Financial Inclusion Blog – Encourager la finance responsable au Myanmar

Par Hema Bansal, Directrice de la Smart Campaign pour l’Inde
22 Mai 2014

Source : Center for Financial Inclusion Blog (article en anglais).

Enfant, j’ai toujours été intriguée par les histoires sur le Myanmar, bien que troublée par les conflits qui s’y sont déroulés. Adulte, j’ai gardé un profond désir de découvrir ce pays méconnu. Les 7 et 8 mai, j’ai donc assisté au Séminaire sur la Finance Responsable organisé par Entrepreneurs du Monde (EdM) dans la ville de Yangon. J’ai été subjuguée par la paix mystique de la ville, et agréablement surprise par le soutien manifesté au cours du séminaire à la mise en place d’une protection des clients dans le secteur de la microfinance au Myanmar. Il est en effet très important pour un marché en développement de pouvoir bénéficier de pratiques responsables dès le départ.

Le Myanmar, deuxième plus grand pays d’Asie du Sud-Est, en est aussi l’un des plus pauvres. Des décennies d’isolement ont lourdement affecté son développement. En termes d’inclusion financière, une importante proportion de la population dépend de prêteurs non institutionnels. Le secteur officiel dessert seulement 20% de la population, notamment du fait des capacités limitées des institutions financières existantes.

En mai 2011, le président Thein Sein a officiellement reconnu la microfinance comme moyen de développement en autorisant les investisseurs locaux et étrangers à établir des IMF entièrement privées. Depuis la mise en place de la rationalisation des licences au Myanmar, environ 110 institutions de microfinance (IMF) ont été inscrites. Les institutions collectant des dépôts ont pu s’implanter assez facilement compte tenu du faible montant du capital minimum exigé et de l’absence de réglementation prudentielle distincte de celle s’appliquant aux institutions n’acceptant pas les dépôts, telles les normes relatives aux rapports de gestion et à la gestion de portefeuille.

Bien qu’il soit encourageant de voir les IMF se multiplier au Myanmar, les licences octroyées en l’absence de contrôles minutieux et de réglementation ou autorégulation suffisantes peuvent présenter un risque pour le développement de la microfinance responsable. Dans ce contexte, le Séminaire sur la Finance Responsable a rassemblé tous les acteurs du secteur, y compris les institutions de microfinance, afin d’améliorer leur compréhension des principes de protection des clients et de gestion des performances sociales. L’autre objectif du séminaire était le lancement du processus d’engagement et de délibération visant à favoriser l’adoption des principes de base de la finance responsable dans l’industrie de la microfinance au Myanmar.

Le séminaire a rassemblé une centaine de participants, dont des représentants des institutions de microfinance (ACLEDA, BRAC, LOMC, BDA, CARD et Dawn pour n’en citer que quelques-uns), des bailleurs de fonds (parmi lesquels ADB, IFC et LIFT), des fournisseurs d’assistance technique (tels que MicroSave et EDA), un régulateur de Bangko Sentral ng Philipinas, ainsi que des représentants de CGAP, the Smart Campaign, SPTF, UNCDF et UNDP.

En rassemblant un large éventail de participants issus de marchés divers, le séminaire a permis de tirer les leçons des erreurs commises ailleurs, comme en Inde où la crise de l’industrie de la microfinance a été en partie déclenchée par des taux de croissance sans précédent et l’absence de mesures de protection propres au secteur. Frances Sinha, PDG d’EDA India, a présenté les rapports « Banana Skins » soulignant l’importance de l’identification régulière des risques potentiels pour le secteur. Les conférenciers ont plaidé en faveur de la mise en place de régulations prudentielles fortes adaptées aux risques encourus par les institutions selon qu’elles acceptent les dépôts ou non. Les régulations peuvent également concerner d’autres domaines relatifs à la protection des clients tels que la transparence, le traitement équitable et les processus de résolution des plaintes. Ce dernier point était soutenu par Eric Duflos, co-auteur du rapport conjoint IFC/CGAP « Microfinance in Myanmar : Sector Assessment ». L’exemple du marché indien montre qu’en présence de directives claires quant à la transparence, les institutions communiquent efficacement le coût et les conditions des prêts à leurs clients.

Le plafond de prêt élevé et le manque d’agences de crédits figuraient parmi les autres préoccupations soulevées. Les prêts sont actuellement plafonnés à 500 $ au Myanmar, ce qui paraît inutile, 70% de la population vivant de l’agriculture. Cette situation est donc éloignée du principe de Développement des Produits et Distribution Appropriés de la Smart Campaign qui prône la création de valeur pour le client et la prise en considération de ses besoins.

Le rôle des stratégies globales relatives à la finance responsable a également été souligné à travers la présentation des Principes de Protection des Clients de Smart Campaign et des Standards Universels pour la Performance Sociale de SPTF.

Contrairement aux pays présentant une industrie de la microfinance mature, le Myanmar offre la possibilité à la Smart Campaign de mettre en place les principes de protection des clients dès le départ. Sur le court terme, la Smart Campaign compte se rapprocher des divers acteurs de l’industrie, transférer ses connaissances et ressources grâce au Smart Assessor Training et enfin former des institutions aux principes de protection des clients ainsi qu’à l’utilisation de ses propres outils et ressources. L’objectif à long terme est d’aider les institutions à obtenir la certification, créant ainsi des institutions phares qui guideront le secteur vers le traitement responsable de ses clients.

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