Agissons pour que les droits des femmes soient respectés !
À l'occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, nous donnons la parole à celles et ceux qui agissent au quotidien aux côtés des femmes les plus vulnérables.
Si les droits des femmes sont proclamés universels, leur réalité reste, dans de nombreux territoires, profondément inégale. Protection contre les violences, liberté de mouvement, accès à la terre, reconnaissance légale… Autant de droits fondamentaux sont encore souvent bafoués.
Face à ce constat, nous agissons à notre niveau ! Des leviers existent pour faire avancer ces droits, et nos équipes sur le terrain sont pleinement mobilisées auprès des femmes accompagnées.
Dans 12 pays, nous donnons chaque année à près de 150 000 micro-entrepreneure les outils pour devenir indépendantes financièrement, renforcer leur pouvoir d’agir et être reconnues au sein de leur communauté.
4 responsables locaux témoignent ici des combats menés avec elles — et des victoires, petites et grandes, qui donnent tout leur sens à leur engagement.
Ninh Nguyen, responsable de la communication de Anh Chi Em au Vietnam
Ici, les femmes de Dien Bien sont confrontées à la violence domestique et à la traite des êtres humains. Nous les sensibilisons au fait que ces situations ne sont pas normales et qu’elles ont le droit de demander de l’aide pour en sortir.
Puis nous les mettons en relation avec des organismes spécialisés compétents pour leur apporter un soutien adapté.
C’est souvent cette première étape la plus dure : prendre conscience et demander de l’aide. Les aider à franchir ce cap peut être décisif.
Jean-Farreau Guerrier, coordinateur d’Entrepreneurs du Monde en Haïti
Dans notre pays, l’économie est portée par les femmes. Pourtant leurs droits sont bafoués en permanence, notamment :
- le droit à la protection contre toute forme de violence : même quand elles osent porter plainte et que leur agresseur est arrêté, les femmes violées voient trop souvent celui-ci relâché sans suite.
– - le droit à l’autonomie et à la liberté personnelle : en Haïti, une femme est continuellement critiquée si elle ose faire ce qu’elle veut, comme par exemple vivre sans homme ou mener une activité qui sort de l’habituel petit commerce, comme chauffeur de tap-tap ou technicienne.
Je vois aussi que les entreprises d’un cran au-dessus sont presque toutes dirigées par des hommes. Pourquoi ? Parce que, pour accorder un prêt, les banques demandent des garanties. Or, les femmes en ont bien moins que les hommes car ce sont eux qui héritent de la génération supérieure.
Par ailleurs, à compétences égales, les hommes accèdent toujours en priorité aux postes à responsabilités. Moi, je veille à la parité et j’ai promu une femme responsable des opérations. Dans les réunions, on la regarde avec un drôle d’air mais elle tient bon. Enfin, à poste égal, une femme touche moins qu’un homme. Alors, dès 2012, j’ai mis en place une grille salariale pour que le salaire découle du type de poste, de son niveau de responsabilités, et non du genre de celui qui l’occupe.
Diery Sene, directeur de Fansoto au Sénégal
Quelle que soit la volonté politique et populaire, les coutumes sont très ancrées et certaines freinent l’émancipation des femmes. Alors, nous nous battons avec celles que nous accompagnons, pour les aider à obtenir 3 droits essentiels selon moi :
- Le droit à la santé : contre l’excision, nous essayons de lever le tabou, de faciliter l’expression des jeunes filles et jeunes femmes devant les praticiennes de l’excision, qu’on n’ose pas interpeler habituellement parce que ce sont les doyennes de la communauté.
- Le droit à l’intégrité : contre les violences conjugales, nous organisons des causeries auxquelles sont invités les hommes. Ils viennent nombreux ! Hommes et femmes réfléchissent ensemble sur les pratiques à changer, sans se monter les uns contre les autres. Nous les sensibilisons au fait qu’une femme battue perd ses forces pour élever les enfants, tenir son commerce et que ça a un impact néfaste et durable pour toute la famille.
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J’observe des changements : hommes et femmes commencent à comprendre que la violence n’est ni tolérable ni source de résolution de conflit. Ils manifestent plus de compréhension et de respect, communiquent mieux, voire osent faire appel à un tiers en cas de besoin de médiation
– - Le droit à une existence légale : la majorité des femmes et de leurs enfants, en milieu rural, n’ont pas de certificat de naissance. Par ailleurs, 90 % des mariages sont coutumiers. Sans certificat de mariage officiel, les femmes divorcées n’ont aucun droit sur les enfants, sur le toit ni sur les ressources. Alors souvent, elles sont acculées à se réfugier dans leur famille, loin.
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Pour réduire cette extrême vulnérabilité nous organisons des sensibilisations et nous encourageons les entrepreneures à profiter des audiences foraines dans leur quartier pour obtenir des extraits de naissance pour elles et leurs enfants. Au début, la moitié des femmes que nous soutenions n’avaient pas de pièce d’identité ni même d’extrait de naissance ; c’est devenu rare aujourd’hui !
Mountaga Sall, responsable de Fina Tawa au Sénégal
À mon avis, c’est d’abord pour le droit à l’accès à la terre qu’il faut aider les femmes : elles veulent travailler, produire et s’autonomiser mais leurs parcelles sont beaucoup trop petites !
Selon leurs témoignages, il arrive que le chef de village attribue à un groupement de plus de 100 femmes une parcelle d’à peine 1 à 2 hectares, sans délibération formelle ni document attestant d’un droit de propriété. Cette situation constitue un frein majeur à l’extension de leurs activités agricoles.
Il faut aussi les aider à obtenir le droit à la mobilité et à l’accès aux marchés. Dans ces zones enclavées, les femmes disposent de peu d’équipements de transformation. De plus, en saison des pluies, les routes devenues impraticables et les crues du fleuve isolent les villages ; l’accès aux marchés, aux foires commerciales et aux circuits de distribution est alors fortement réduit. Or les hommes et les belles-mères ne cherchent pas à les aider car ça les arrange qu’elles ne quittent pas le village.
Alors, nous allons les accompagner dans la structuration de leurs groupements en petites entreprises sociales. En les aidant à se professionnaliser, à transformer et à labelliser leurs produits locaux, à accéder aux marchés nationaux plus porteurs et rémunérateurs, nous allons contribuer, là aussi, à l’émancipation des femmes rurales.
Participez à notre challenge solidaire !
A l’occasion de la Journée internationale des droits de femmes, nous lançons un challenge solidaire pour étendre nos services à 100 nouvelles micro-entrepreneures vulnérables. Elles bénéficieront d’un accompagnement complet dans la durée pour développer leur activité, reprendre confiance en elles et devenir des modèles pour leur communauté.