Burkina Faso : les femmes retrouvent le sourire et l’espoir grâce à Émergence
Lors du Pitch&Give 2025 à Lyon, vous avez embarqué avec Claudine au Burkina Faso et réuni 16 000 € pour donner un coup de pouce au programme Emergence. Où en est-on aujourd'hui ? Abdoulaye Cissé, directeur du programme, nous raconte les avancées de son équipe et les défis qui les attendent.
Depuis 2022, Émergence forme des personnes en situation de fragilité sociale et économique aux métiers du ménage et de l’entretien. Elle les accompagne ensuite vers un emploi stable et correctement rémunéré, en leur trouvant des contrats de travail.
Abdoulaye a rejoint l’aventure dès ses débuts, avec l’envie de mettre ses compétences au service d’un projet qui a du sens.
Aujourd’hui encore, il est de tous les instants auprès de son équipe et des bénéficiaires, et c’est en direct du terrain qu’il répond à nos questions.
Depuis le début de l’année, quelles réalisations souhaites-tu nous partager ?
Depuis janvier 2026, 30 femmes ont été formées au métier d’agent de ménage et d’entretien. 33 ont par ailleurs signé un contrat de travail, pour beaucoup des renouvellements.
Notre accompagnement se déroule en trois grandes étapes : nous recevons les candidates et évaluons leur situation de vulnérabilité grâce à plusieurs indicateurs (nombre d’enfants, niveau de formation, revenus existants, conditions de logement, accès à l’eau et à l’électricité etc.). Vient ensuite la formation, puis la recherche de contrat.
La plupart des femmes nous rejoignent par le bouche-à-oreille, grâce aux anciennes bénéficiaires. Leur motivation principale est d’obtenir des revenus réguliers pour elles et leur famille.
La formation représente entre 20 et 30 heures par trimestre, réparties en deux jours de théorie et deux jours de pratique. 60 % de nos bénéficiaires n’ont aucune expérience préalable dans ce secteur et apprécient beaucoup d’acquérir de nouvelles compétences.
Pour réussir leur insertion professionnelle, nous veillons ensuite à leur trouver des contrats adaptés à leurs disponibilités, leurs contraintes de déplacement et les zones où elles peuvent travailler sans difficulté.
Êtes-vous parvenus à nouer de nouveaux partenariats avec des entreprises ou des particuliers ?
Nous avons renouvelé 8 contrats avec des organisations, principalement obtenus via des appels d’offres. Notre client le plus important reste l’État, avec deux contrats qui représentent entre 40 et 45 % de notre chiffre d’affaires et mobilisent 20 de nos 33 agents sous contrat – notamment 9 personnes recrutées pour l’entretien d’un complexe scolaire.
Du côté des particuliers, nous avons renouvelé 4 contrats, signé 3 nouveaux contrats et réalisé 7 prestations ponctuelles auprès de familles aisées. Ces clients nous connaissent souvent via Facebook, TikTok ou le bouche-à-oreille. Cependant le suivi est plus complexe avec les particuliers : ils sont plus exigeants et certains interrompent le contrat du jour au lendemain.
Aujourd’hui notre priorité est de répondre aux appels d’offres qui nous permettent de dégager une petite marge pour financer notre structure.
Le plaidoyer pour que l’impact social soit davantage valorisé dans les appels d’offres porte-t-il ses fruits ?
Le concept d’entreprise sociale est peu répandu au Burkina Faso, ce qui complique notre position face à la concurrence car nous avons des charges plus importantes que d’autres prestataires, comme la couverture santé et des salaires décents pour nos équipes et nos agents.
Nous avons mené des actions de plaidoyer auprès de plusieurs institutions publiques, notamment le Ministère de l’Éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales.
Ces démarches n’ont hélas pas encore donné de résultats car les appels d’offres sont gérés à un niveau de décision élevé, et les interlocuteurs restent difficiles à joindre.
Pour l’heure, le canevas utilisé par l’État ne permet pas de valoriser la dimension sociale d’une offre, ce qui nous oblige parfois à revoir nos tarifs à la baisse pour rester compétitifs.
Heureusement, pour d’autres clients, la dimension sociale de notre offre joue en notre faveur. C’est le cas des deux ONG, une locale et une internationale, avec lesquelles nous travaillons.
Où en est la structuration d’Émergence, en vue de son autonomie ?
Au cours des trois dernières années, nous avons progressivement réduit notre dépendance financière vis-à-vis d’Entrepreneurs du Monde, ce qui va dans le bon sens. Assurer notre équilibre financier est vital pour notre viabilité et notre crédibilité.
L’année 2025 a été fructueuse. Nous avions signé un gros contrat avec un abattoir, qui représentait près de la moitié de notre chiffre d’affaires. Les 16 000 € collectés lors du Pitch&Give à Lyon nous ont par ailleurs permis de réduire notre déficit global en couvrant nos charges fixes.
Malheureusement l’abattoir a été repris par l’État, qui n’a pas relancé d’appel d’offres.
Pour 2026, nous anticipons un déficit d’environ 45 000 €, ce qui représente un défi majeur pour notre équipe.
Pour réduire ce déficit, nous menons plusieurs actions : réduire certaines charges, intensifier notre prospection commerciale pour décrocher de nouveaux contrats, limiter le recours systématique au salariat en proposant aussi des contrats de prestation, et rechercher un nouveau partenaire financier local, en particulier auprès des bailleurs internationaux.
Notre équipe reste réduite, nous ne sommes que quatre : une chargée des opérations, une assistante des opérations, une comptable et moi-même. Le défi est de taille mais nous sommes déterminés !
Pour conclure cette interview, as-tu un message à adresser aux personnes qui ont soutenu Émergence ?
La situation est très compliquée pour les femmes sans qualification, encore plus pour celles qui ont dû fuir leur village à cause de l’insécurité. Elles peinent à obtenir des opportunités professionnelles et des revenus réguliers. Lorsqu’elles rejoignent Émergence, un revenu même modeste fait la différence : il leur permet de scolariser leurs enfants, de les nourrir et de couvrir leurs frais de santé.
Grâce à notre suivi individualisé, nous évaluons au fil du temps l’impact du programme sur leur quotidien. Au-delà des indicateurs économiques et sociaux, notre équipe recueille chaque année leur ressenti : se sentent-elles plus confiantes grâce au projet ? Perçoivent-elles un changement dans le regard de leur entourage ?
Les résultats sont concrets et très positifs. D’après notre dernière enquête, 98 % de nos bénéficiaires constatent des changements positifs dans leur vie, 80 % se sentent plus valorisées dans leur communauté et 75 % déclarent avoir plus confiance en elles. Cela donne tout son sens à notre travail !
Un grand merci à vous qui croyez en nous et qui nous donnez les moyens de consolider notre action auprès de ces femmes pour les rendre fortes et autonomes grâce à un emploi décent et durable !
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