Guinée : un partenariat innovant pour reconstruire des vies après les violences sexuelles
En Guinée, pour les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, la reconstruction ne se limite pas à une reconnaissance judiciaire. Elle passe aussi par la possibilité de retrouver une autonomie économique, la reconnaissance de leur communauté et la capacité à se projeter dans l’avenir. Le partenariat entre le Fonds mondial des Survivant.es et Wakili apporte une réponse concrète et innovante.
Le 28 septembre 2009, à Conakry, une manifestation pacifique a été brutalement réprimée par les forces de sécurité. De nombreuses femmes ont subi des violences sexuelles d’une extrême gravité, reconnues comme des crimes contre l’humanité.
En plus du traumatisme sévère provoqué, ces actes ont eu de lourdes répercussions pour les survivantes : précarité, stigmatisation sociale, perte des revenus, isolement. Ce n’est qu’en 2022 qu’un procès a été ouvert, et les réparations promises restent incomplètes à ce jour.
Dans ce contexte, le Fonds mondial des Survivant.es (GSF), fondé en 2019 par le Dr Denis Mukwege et Nadia Murad, a lancé en Guinée son premier projet pilote de mesures réparatrices intérimaires.
Une approche construite avec les survivantes
Au cœur du projet se trouvait un principe essentiel : la cocréation avec les survivantes. Elles ont participé à la définition des solutions, à leur mise en œuvre et à leur évaluation.
L’objectif était de s’assurer que les mesures de réparation répondaient à leurs besoins et de leur donner les moyens de s’approprier le projet et de défendre leurs droits. Cette démarche a renforcé l’aspect réparateur du projet.
Au total, 158 survivantes ont été accompagnées. À travers elles, plus de 1 000 personnes — enfants et proches — ont été indirectement soutenues. Le projet combine soutien financier, accompagnement psychologique, accès aux soins et actions collectives pour restaurer la reconnaissance et la dignité.
Le rôle clé de Wakili : faire des réparations un levier pour la reconstruction
Dans ce dispositif, Wakili, institution de microfinance sociale créée par Entrepreneurs du Monde, a joué un rôle central.
Elle ne s’est pas contentée de distribuer des fonds : elle a construit un accompagnement sur mesure pour sécuriser leur utilisation et renforcer le pouvoir d’agir des survivantes.
Entre juin 2020 et juin 2021, les indemnisations ont ainsi été versées sur des comptes personnels ouverts auprès de Wakili, garantissant à la fois sécurité et confidentialité contre les pressions sociales ou familiales.
Pendant un an, Wakili a proposé un programme d’éducation financière adapté à la réalité des survivantes. Elles y ont appris à gérer un budget, à épargner et à investir dans des activités génératrices de revenus comme l’agriculture, le commerce ou le textile.
Grâce à cet appui, les survivantes ont pu lancer ou relancer une activité, financer la scolarité de leurs enfants et améliorer leurs conditions de vie.
Des résultats concrets sur la vie des survivantes
L’impact de cet accompagnement est significatif. Les survivantes témoignent d’un regain de confiance, d’une meilleure maîtrise de leurs ressources et d’une capacité retrouvée à subvenir aux besoins de leur famille.
Les données du projet confirment ces évolutions. La qualité de vie s’est nettement améliorée, tout comme la santé psychologique et les relations sociales. Les liens familiaux, souvent fragilisés par la stigmatisation, ont commencé à se reconstruire.
Au-delà des chiffres, les survivantes ont retrouvé une place dans leur communauté et la capacité de se projeter dans l’avenir.
Un exemple pour inciter l’État à agir
Ce projet a montré l’importance de coconstruire avec les survivantes les mesures réparatrices et de leur donner les moyens de s’exprimer publiquement, de retrouver leur pouvoir d’agir et d’être à nouveau considérées au sein de leur communauté.
En combinant indemnisation et inclusion financière, Wakili et le Fonds mondial des Survivant.es ont imaginé un modèle novateur, capable de générer un impact durable, et reproductible dans d’autres contextes.
Cette expérience nourrit aujourd’hui les réflexions en Guinée sur la mise en place d’une politique nationale de réparation plus complète. Avec l’appui technique de Fonds mondial des Survivant.es, de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) et de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA), les survivantes ont mené des actions de plaidoyer qui ont abouti à la cocréation d’un projet de loi nationale de réparation, en attente d’approbation.
Si des défis subsistent, comme la garantie de réparations à toutes les victimes, cette initiative novatrice a ouvert la voie à une nouvelle façon de concevoir les mesures réparatrices.
De nombreuses participantes du projet sont encore accompagnées par Wakili à ce jour et continuent à améliorer progressivement leurs conditions de vie.
Des résultats concrets et détaillés
Retrouvez la méthodologie détaillée du projet et ses résultats complets dans le rapport publié début 2026 par le Fonds mondial des Survivant.es.